12 mars 2008

LOST...

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Sa Majesté des Mouches de William Golding : livre culte de la littérature anglophone q'il en est, Sa Majesté des Mouches, ecrit en 1954, est un grand classique, pourtant méconnu...un classique que l'on donne parfois à lire dans le cadre scolaire, comme un roman d'aventure (ce qu'il est en un certain sens...) mais on en oublie le sujet principal, bien éloigné de la thématique plaisante d' aventures sur une île déserte... Golding met en scène dans son roman un groupe d'enfants, agés de 6 à 12 ans, dont l'avion s'écrase sur une île déserte; ces enfants élevé dans le cadre bonne famille anglais se retrouvent livrés à eux mêmes, sans adultes, au milieu de cette faune inconnue : commence alors l'aprentissage de la vie en société, avec son coté sympathique au départ, mais qui devient progressivement un enfer, jusqu'à sombrer dans la violence la plus barbare. Sa Majesté des Mouches est bien loin d'être un simple recit d'aventure, c'est un roman sur la cruauté de la vie en société, un roman dans lequel des enfants d'abord soudés finissent par s'entretuer...

<< Soudain conscients de leur propre puissance et sentant des étrangers en Erik-et-Sam, le sauvages excités se précipitèrent en désordre sur les jumeaux. Jack eu l'intuition que Ralph allait se porter à leur secours. Il se mit à tourner autour de lui et lui porta un coup que Ralph évita de justesse. La tribu et les jumeaux se battaient, masse compacte, agitée de soubresauts. Porcinet se tassa de nouveau sur lui même. Les jumeaux éperdus se retrouvèrent couchés, encerclés par la tribu. Jack se tourna vers Ralph et siffla entre ses dents :
- Tu vois ? Ils m'obéissent.
Le silence retomba. Maladroitement ligotés, les jumeaux gisaient au sol et la tribu attendait pour voir ce que ferait Ralph. Il la dénombra à travers ses mèches et observa la fumée inutile.
La fureur l'emporta et il hurla, tourné vers Jack :
-Tu n'es qu'une brute, un salaud et un sale voleur !
Il fonça sur lui.
Sachant que c'était la crise, Jack fonça egalement. Le choc fut si violent qu'il les sépara. Ralph reçut un coup de poing sur l'oreille et en rendit un qui atteignit Jack à l'estomac et le fit gémir. De nouveau face à face, haletants et furieux, ils s'effrayaient de leur violence réciproque. Les bravos nourris qui ponctuaient leur lutte parvinrent enfin aux oreilles et Ralph entendit la voix de Porcinet.
- Laissez-moi parler !
Il se tenait dressé dans le nuage de poussière soulevé par la bataille. Quand la tribu comprit son intention, les bravos se changèrent en huées ininterrompues.
Porcinet brandit la conque et les huées faiblirent un peu pour reprendre, aussi fortes.
- J'ai la conque !
Il répéta en criant :
- Je vous dit que j'ai la conque !
Chose étonnate, le silence se fit. La tribu se demandait ce qu'il allait dire d'amusant.
Silence et pause; mais dans ce silence, un bruit curieux, comme un sifflement, se produisit tout près de la tête de Ralph. Il n'y prête qu'une attention distraite, mais le bruit reprit : un << zup ! >> à peine perceptible. On lançait des pierres... C'était Roger, qui ne lâchait pas pour cela son levier. D'en haut, il voyait de Ralph une tignasse en désordre et de Porcinet une masse bouffie.
- J'ai une chose à dire. Vous vous conduisez comme des gosses.
Les huées s'enflèrent et s'apaisèrent tandis que Porcinet levait en l'air la conque magique.
- Qu'est-ce qui vaut mieux ... Se conduire comme une bande de nègres peints que vous êtes, ou se montrer raisonnable comme Ralph ?
Une grande clameur s'éleva au sein du groupe.
Porcinet cria :
- Qu'est-ce qui vaut mieux : avoir des lois et leur obéir, ou chasser et tuer ?
De nouveau, la clameur et le même << zup ! >>.
Ralph essaya de dominer le vacarme.
- Qu'est ce qui vaut mieux : la discipline et le salut, ou la chasse et le désordre ?
Mais Jack s'était mis à crier aussi fort et couvrait la voix de Ralph. Il s'était joint à la tribu et le groupe formait un bloc menaçant, hérissé de javelots. Ils se préparaient confusément à l'assaut, ou du moins l'intention semblait se dessiner dans la masse de nettoyer le pont rocheux. Ralph se tenait face à la tribu, un peu sur le coté, l'arme prête. Porcinet était près de lui qui ne lachait pas le talisman, le coquillage à la beauté fragile. L'orage de hurlements venait se briser contre eux, comme une incantation de haine. Là-haut, cédant avec délices à ses instinct, Roger pesa de tout son poids sur le levier.
Ralph entendit le gros rocher avant de le voir. Il sentit une secousse à travers les semelles de ses chaussures et le déchirement de la rocaille au sommet de la falaise. Alors, la monstrueuse masse rouge bondit sur le pont rocheux et Ralph se jeta à plat ventre tandis que la tribu poussait des cris.
La roche frappa Porcinet de plein fouet, du menton aux genoux; La conque explosa en mille morceaux et disparut. Sans avoir le temps de pousser le moindre soupir, Porcinet fut projeté de coté dans le vide et se retourna dans sa chute. La roche rebondit deux fois et se perdit dans la forêt. Porcinet s'écrasa sur le dos, quize mètres plus bas, sur une dalle rocheuse entourée d'eau. Sa tête se fendit et il en sortit une matière qui rougit aussitôt. Ses membres eurent un soubresaut, comme les pattes d'un cochon égorgé. Puis la mer poussa un soupir prolongé; l'eau bouillona, rouge et blanche, en recouvrant le rocher, et lorsqu'elle se retira dans un bruit d'aspiration, le corps de Porcinet avait disparu.
Cette fois-ci, le silence était total. Les lèvres de Ralph formèrent un mot, mais il n'en sortit pas un son.
Soudain, Jack se détacha de la masse en poussant des cris sauvages.
- Tu vois ? Tu vois ? Voilà ce qui t'attend ! Voilà ce que j'ai ordonné ! Tu n'as plus de tribu ! Et plus de conque...
Il se précipita, courbé en avant.
-Le chef, c'est moi !
Férocement, délibérement, il frappa Ralph de son javelot. La pointe lui déchira le côté et tomba dans la mer. Ralph trébucha, l'affolement effaçant la douleur. Poussant des hurlements avec son chef, la tribu s'avança. Un autre projectile, mal fait et qui ne volait pas droit, frôla le visage de Ralph et un autre tomba des hauteurs où se tenait Roger. Les jumeaux étaient relégués dérrière la tribu et les visages anonymes des démons bariolés se multipliaient sur l'étroit rebord. Ralph tourna les talons et s'enfuit. Dérrière lui s'éleva un grand bruit, comme un envol de mouettes. Obéissant à un instinct qu'il ignorait, il fit un brusque écart pour esquiver les javelots. Il aperçut le corps sans tête de la truie, juste à temps pour l'éviter d'un bond. Puis il plongea dans les buissons et la forêt l'engloutit. >>

LORD OF THE FLIES de William Golding, écrit en 1954...

Posté par ezekiel66 à 00:40 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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